La Constituante ? Pourquoi pas ?
par André Bellon
Qu’est-ce que l’Association pour une Constituante ?
L’Association est formée de citoyens attachés aux principes républicains, à la démocratie, à la défense du suffrage universel.
Elle est formée de cercles locaux qui définissent eux-mêmes leurs activités dans le respect des statuts. Le bureau national est essentiellement chargé de gérer les liens administratifs entre les cercles qui sont en contact direct grâce au forum des cercles.
L’Association n’a aucun lien particulier avec tel ou tel parti politique. Ses adhérents ont le droit d’être candidats aux élections sous réserve de ne pas utiliser, dans ce cadre, leur appartenance à l’Association.
Le site de l’Association est alimenté par les textes fournis par les cercles et les adhérents.
Intervention d’André Bellon
1. Le constat
C’est devenu une quasi banalité de dénoncer le fossé qui s’est créé entre les citoyens et leurs représentants. La démocratie, au sens profond du terme, est censée permettre la souveraineté du peuple. Or, de nos jours, le débat politique s’est dissous dans la soumission à des règles économiques et financières prétendument représentatives de la vérité et s’imposant à tous les dirigeants politiques. Ainsi s’est développée l’idée suivant laquelle il n’y a qu’une politique possible avec pour conséquence le remplacement des oppositions naturelles dans tout système démocratique par la recherche effrénée du consensus. En France, la conjugaison de la 5ème République et du poids des institutions de l’union européenne ont parachevé cette situation consternante.
Dans un tel système, le citoyen n’a plus de capacité à voir représenter ses aspirations ; bien pis, lorsque sa volonté s’oppose au consensus a priori sa volonté est considérée comme sans importance, on dira « populiste ». Ce fut par exemple le cas après le vote négatif au Traité Constitutionnel Européen le 29 mai 2005 ; la ratification d’un traité jumeau de précédent, celui de Lisbonne, fut un véritable coup d’État contre la démocratie.
Il n’y a, dans ce contexte, plus aucun espace de réel débat et le rôle d’opposition, théoriquement nécessaire en démocratie, est de plus en plus laissé à l’extrême-droite.
2. Quelle attitude adopter ?
On peut, bien sûr, nier ce constat et penser possible de recréer un nouvel espace politique, une véritable opposition, pour les uns la reconstruction de la vraie gauche, pour les autres la refondation du mouvement gaulliste,…
On peut même croire que les partis principaux peuvent remettre en cause ce qui constitue la justification même de leur existence. Mais de telles illusions sont dangereuses dans la mesure où elles nient la réalité du piège qui s’est refermé sur la volonté des citoyens. La crise économique est devenue politique et le rétablissement de la souveraineté populaire demande plus qu’une utilisation d’un système perverti ; il appelle à une reconstruction du corps politique lui-même, c’est-à-dire un passage par la case peuple. En France, comme en 1789, 1793, 1848, 1875, 1946 (2 fois) ce passage s’appelle Constituante, c'est-à-dire l’élection au suffrage universel d’une Assemblée chargée de redéfinir la règle du jeu politique en même temps que de recréer les conditions de la confiance des citoyens vis-à-vis de la vie publique et de leur propre rôle.
3. Les critiques
Les critiques faites à ce projet sont nombreuses, souvent très superficielles. Nous citerons les plus courantes :
- Le fatalisme : à écouter certains, la classe dirigeante n’acceptera jamais. Belle découverte ! Toutes les grandes évolutions politiques et sociales se sont heurtées à l’ordre établi.
- L’élection d’une Constituante donnerait les mêmes résultats que les autres élections, c'est-à-dire les partis dominants. C’est n’accorder aucune importance à la dynamique de l’Histoire qui bouscule les forces en place.
- Les gens n’y croiraient plus et ne se mobiliseront pas. Tout prouve le contraire, par exemple le 29 mai 2005. Les citoyens sont à la fois dans une attente et une démission. Mais lorsque les enjeux sont clairs, la mobilisation existe.
- Le suffrage universel serait par nature conservateur. Les attaques contre le suffrage universel, plus généralement portées depuis la Révolution par l’extrême droite, ont aujourd’hui un petit écho vu le dévoiement qui est fait dans son utilisation. Rappelons donc que le suffrage universel est le signe de la confiance dans la volonté humaine.
4. L’Humanisme
En fait, ce débat tourne autour de l’humanisme, c'est-à-dire l’idée que l’humanité doit être maîtresse de son propre destin. L’Histoire est en fait la longue chronique de l’affrontement entre les forces oppressives, destructrices des libertés individuelles et collectives et les volontés de libération. Notre époque a imposé une pensée de soumission, de servitude volontaire. Mais rien n’est joué. Il faut commencer à reconquérir notre propre destin, à croire à nouveau en l’Homme contre ceux qui imposent cette servitude et s’auto désignent comme porteurs de la vérité.
Montaigne avait, dans son bureau de la tour qui porte son nom des phrases clefs peintes sur les poutres. Parmi celles-ci : « Malheur à vous qui vous pensez sages ». À ce cri de révolte, le philosophe répondait : « Tout homme porte en soi toute l’humaine condition ».