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Conférence du 9 décembre 2011

AUTOUR DE LA LAICITE  

 

 Textes proposés au débat lors de la conférence

  INTRODUCTION  AU  DEBAT  SUR  LA  LAICITE

(Jean-Claude Daugeron)

 

            Oui j’ai peur pour la laïcité, trop de personnes, pourtant citoyennes de la République considèrent que la laïcité est acquise,  elle serait même rengaine au point de la revivifier par l’ajout d’adjectifs : ouverte, positive, inclusive…instrumentalisée plutôt dirais-je.

Certains la trouvent trop intransigeante dans son « laïcisme », d’autres trop tolérante : toujours des droits revendiqués sans devoirs assumés.

La laïcité serait-elle otage du multiculturalisme ?

 

            La laïcité s’est forgée dans le combat face aux savoirs imposés ou révélés, dans la dénonciation des dérives communautaires ou sectaires, dans l’opposition à toutes les formes de discriminations, dans l’indignation envers les pratiques patriarcales et coutumières, dans la lutte face aux velléités des religions à gérer le temporel, elle a suscité et soutenu l’émancipation de l’être par l’instruction face à l’obscurantisme.

La Laïcité nécessite-t-elle encore un combat aussi déterminé ?

 

            Oui, j’ai peur quand, dans notre République Française dont la constitution de 1958 proclame « La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale. » quand jour après jour le drapeau de la laïcité, l’Ecole, base de toute fraternité, s’effiloche au vent. Bientôt ne restera-t-il que la hampe ?

 

            La République, depuis les années 1950, a laissé s’engluer sa laïcité dans la gangue religieuse, instrumentalisation menée à dessein de la confusion entre anticléricalisme et antireligieux, confusion mortifère car la laïcité n’est pas antireligieuse, au contraire elle garantit la liberté de culte car elle est la liberté de conscience donc de la libre expression et en corollaire de la liberté de critique.

 

            Ah ! le beau discours de Victor Hugo lors du débat sur la loi Falloux :

            «  Oui à la religion comme spiritualité,

                Non au parti clérical qui veut dominer politiquement la société. »

 

            Le même Victor Hugo, Jaurès et bien d’autres ont repris les mêmes mots : « Laïcité et justice sociale vont de pair » là s’avère, de nos jours, le véritable sens de la laïcité. Quelle acuité les paroles d’Ernest Renan, un siècle plus tard, dans l’Europe actuellement chahutée :

 

                        « Plus que la terre, le bien vivre ensemble »

 

            En effet, la Laïcité n’est ni une vertu, ni un concept, ni une vérité, ni une particularité culturelle, mais un espace de respect qui s’affirme comme un élément fédérateur du bien vivre ensemble. 

 

Laïcité et blasphème

(Albert Grégoire)

 

Chacun se souvient du supplice de Jean François Lefêbvre, Chevalier de la Barre, en 1766.

 

Je rappelle simplement que ce jeune homme de 20 ans fut condamné pour blasphème car il refusa d’ôter son chapeau, au passage de la procession organisée par l’Église Catholique à l'occasion de la Fête-Dieu. En réalité, son histoire est plus complexe que cela. Mais, pour notre propos de ce soir, retenons simplement qu'après avoir subi la question, Jean François de la Barre fut déclaré coupable et condamné, en première instance, à avoir la main droite et la langue coupées et à être brûlé vif. Il fit appel de la sentence. Et là, dans sa grande mansuétude, le Parlement de Paris le condamna, seulement, à avoir la langue coupée et à être décapité sur la place publique, et son corps à être brûlé en même temps qu'un exemplaire du « Dictionnaire Philosophique » de Voltaire qu'on avait trouvé chez le jeune homme. La sentence fut donc exécutée.

 

Délit de blasphème, délit d’un autre âge me direz-vous ?

 

Rappelez-vous, il n’y a pas si longtemps, l'écrivain Salman Rushdie fut condamné à mort par une fatwa iranienne, pour avoir commis un écrit qui déplaisait à l'ayatollah Khomény.

Rappelez-vous le docteur Younus Shaikh du Pakistan. En 2000, un juge a ordonné qu'il paie une amende de 100 000 roupies, et l'a condamné à mort par pendaison pour blasphème. Il aurait osé dire que le prophète Mahomet n’était pas né musulman mais le serait devenu à 40 ans. Le docteur Shaikh a échappé à la pendaison et s'est réfugié en Europe.

Et le professeur de philosophie Robert Redeker décoré aussi d’une fatwa pour avoir osé critiquer l’Islam.

 

Et l’assassinat du cinéaste hollandais Van-Gogue, coupable d’avoir critiqué la manière dont l’Islam traitait les femmes.

 

Rappelez-vous, il y a de cela quelques semaines, l'attentat contre Charlie Hebdo.

Je pense que si l’un ou l'une d’entre vous, ici présents, osait dire que le Coran n’est que le plagiat reformulé de la Thora et des Évangiles, il risquerait, à coup sûr, la peine de mort.

Vous me direz : « Oui, tout cela ce sont des histoires d’arriérés musulmans ! ».

Ne croyez pas que les intégristes catholiques ou les excités évangéliques soient moins arriérés.

 

Les photos des locaux calcinés de Charlie Hebdo nous en rappellent d'autres. Celles du cinéma incendié en 1988, Place Saint-Michel à Paris, par des intégristes catholiques en croisade contre le film « La Dernière Tentation du Christ », de Martin Scorsese.

 

Rappelez- vous, le 16 novembre dernier, à Toulouse, des fous de dieu catholiques intégristes, accompagnés de moines en robe de bure, dénonçaient la "catho-phobie" en manifestant contre la pièce de l'Argentin Rodrigo Garcia « Golgota Picnic » jugée "blasphématoire".

 

Et que dire de certains pays membres de L’Union Européenne qui n’arrivent pas à se libérer de la tutelle religieuse, d'anciens pays communistes qui sont retournés dans le giron des Églises Catholique et Orthodoxe.

 

Et ces pays, dont certains comme la Turquie, jadis laïque, qui virent à la théocratie.

Exemple même de l'obscurantisme et de l'intolérance, les intégristes, (musulmans, catholiques, évangéliques, juifs), sont incapables de faire la différence entre la critique des identités (être musulman, chrétien ou juif) et celle des idées (la religion et ses abus).

Leur manque de recul fait peser un risque très sérieux sur la démocratie et le débat d'idées.

Le fanatisme religieux, c’est prendre sa foi pour un savoir et l’imposer de force, contre l’intelligence et contre la liberté. Dogmatisme et violence se nourrissent l’un de l’autre.

 

Le plus inquiétant peut-être, c'est que la liberté d’expression est menacée par les nouvelles technologies de la communication. En effet, il suffit d'agiter le chiffon rouge de la "religion attaquée" pour que des troupes de petits soldats spontanés foncent sur Internet pour crier au blasphème, jeter l'anathème sur le blasphémateur, exiger l'excommunication ou une fatwa comme châtiment, si ce n'est la mort tout simplement.

 

Le Chevalier de la Barre est devenu un symbole. Le symbole de l’innocence châtiée par l’intégrisme, la bêtise, l’intolérance et l’obscurantisme. Il est devenu le symbole de la pensée libre, mais aussi le symbole de la turpitude d’un cléricalisme triomphant et persécuteur, et bien entendu le symbole de la laïcité.

 

La liberté de conscience fait partie des droit de l’homme et des exigences de l’esprit.

 

La religion est un droit. L’irréligion aussi. Il faut donc les protéger l’une et l’autre, en interdisant à toutes deux de s’imposer par la force.

 

Avoir un avis sur les religions, préférer l’une ou l’autre ou les rejeter toutes relève de la liberté de conscience la plus élémentaire dans une démocratie comme la nôtre.

 

Toute personne a droit à la liberté de pensé et de conscience, c’est à dire à l’émancipation de l’Esprit, par rapport aux dogmes de toute nature. Cela veut dire que le citoyen a le droit de choisir, mais en aucun cas d’imposer. C’est tout simplement ce qu’on appel la laïcité ; c'est le plus précieux héritage des lumières, de Condorcet en particulier.

 

On en découvre aujourd’hui la fragilité. Raison de plus pour la défendre contre toutes les formes de fanatisme.

 

Le délit de blasphème a été aboli en France, de facto, à la fin de la monarchie de juillet, et en droit depuis la loi de séparation de l’église et de l’état. Sauf en Alsace-Moselle où l’article 266 du code local sanctionne de trois ans de prison le

« blasphème public contre dieu ».

 

Deux citations pour terminer.

 

« La liberté de l’esprit est le seul bien, peut-être, qui soit plus précieux que la paix. C’est que la paix, sans elle n’est que servitude ». (André Comte-Sponville)

 

« Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots ». (Martin Luther King)

 

 

 

Première partie..... à suivre "Laïcité et Occident chrétien"

 

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