Sortir de la crise ! Quelles solutions possibles ?
Par Gérard Gras (résumé de l’article paru dans ‘’Alternatives Economiques’’)
Automne 2008 / Automne 2011, trois après la débâcle financière qui a suivi la faillite de Lehman Brothers et a précipité le monde dans la récession, l’économie mondiale est à nouveau au bord du gouffre.
En 2008, les Etats-Unis étaient à l’origine et en première ligne, aujourd’hui, c’est la zone euro qui en est l’épicentre.
En 2009, en Grèce, le PASOK, à peine arrivé au pouvoir, révèle la réalité du déficit public, dissimulé par les gouvernements de droite depuis plus de dix ans, (aidés par une banque américaine) : 12,7% du PIB au lieu des 3,7% annoncés (le chiffre définitif atteindra 15,4%).
Malgré les mesures d’austérité prises en urgence, les marchés ne prêtent plus. La Grèce ne s’en sortira pas seule… Les européens font face à une situation inédite : en principe, chaque Etat est responsable de ses dettes. Les autres ne doivent pas l’aider. Pour les Allemands, c’était une règle décisive. Mais, ce principe est intenable dans une Union dont les systèmes financiers sont étroitement imbriqués. Les dettes souveraines des uns sont détenues par les banques des autres. Abandonner un Etat à son sort, c’est exposer tous les autres. Alors, depuis deux ans, les Européens essaient d’éteindre les incendies. Irlande en 2010, Portugal au printemps 2011, et surtout Grèce ? Mais, sans succès. Les Allemands semblent craintifs et avares, mais leur système bancaire est très fragilisé par les subprimes toxiques achetées aux USA.
Alors, que faire ?
Sur le papier, cela a l’air simple.
Il faut, d’un côté, alléger une fois pour toutes les dettes des Etats qui ne sont pas solvables. De l’autre, protéger les autres par un cordon sanitaire pour éviter la contagion en renforçant les banques. Le tout en remettant l’Europe sur les chemins de la croissance.
Toutes les solutions raisonnablement crédibles impliquent un coût, mais surtout, impliquent un saut considérable dans l’unification politique et économique. En voilà sept.
SOLUTION 1
La Grèce quitte l’Europe et change de monnaie
Solution écartée depuis samedi dernier.
Pendant le temps nécessaire pour changer les billets, les distributeurs, etc…, les déposants videront les comptes (ce qui a déjà commencé) et le système bancaire sera détruit. La dette restera à payer en euros avec une monnaie qui sera dévaluée tout de suite de 50% au moins. Peu d’effet sur la compétitivité de rares produits fabriqués dans le pays. Comment payer les fonctionnaires et l’armée ? Planche à billets ? Alors, hyper- inflation.
Peur de la contagion en Irlande, au Portugal, en Lettonie, en Italie. Donc, démantèlement de la zone euro, le projet européen ne survivrait pas.
SOLUTION 2
Annuler toutes les dettes
Certaines peut-être, mais avec prudence.
Le crédit fonctionne tant que le prêteur croit au remboursement (crédit vient du latin credo). Si le prêteur ne croit plus, il ne prête plus et l’économie stagne. Si le créancier a peur de tout perdre, il peut accepter de renoncer à une partie de ses créances. Mais, ces procédures sont très encadrées pour éviter les abus. Pour les particuliers, les entreprises, et même les Etats (c’est la raison d’être des agences de notation qui aident les prêteurs à évaluer les risques). Les Etats sont considérés comme des emprunteurs sûrs parce qu’ils peuvent augmenter leurs recettes (les impôts). Ainsi, les dettes souveraines constituent les bases de tous les placements à long terme (épargne-retraite, assurance-vie). En France, 42% des ménages ont un contrat d’assurance-vie en 2010.
DETTES : Grèce 350 Mds, Espagne 740 Mds, Italie 1900 Mds. Il ne reste que la solution de l’inflation généralisée.
SOLUTION 3
La BCE achète des dettes publiques
La fragilité de la zone euro tient à ce que les Etats s’endettent dans une monnaie qu’ils ne contrôlent pas (à comparer avec la sérénité de Grande- Bretagne et des USA plus endettés que nous, mais qui contrôlent leur Banque Centrale). D’où l’importance de la note des agences et ce triple A paralyse nos dirigeants.
La BCE pourrait jouer le rôle de Banque Centrale. Elle l’a fait avec les banques. Et, elle a commencé en achetant pour 160 Mds d’obligations d’état depuis mai 2011.
Mais, cela heurte les Allemands. Pour éviter la tentation du laxisme économique, il faudrait un contrôle strict des finances des Etats membres « à priori » et non « à posteriori » et donc, une union politique plus étroite. D’où la création du « fond européen de stabilité financière » ou FESF avec 440 Mds. Mais, ce n’était pas assez, il a fallu le monter à 1000 Mds
Euro-bonds ou Euro-obligations : une entité centraliserait le financement des dettes publiques de chaque Etat, créant ainsi une solidarité de fait, permanente. Bonne idée, mais là aussi, il faudrait surveiller de près et modifier si besoin, la politique budgétaire de chaque pays. Donc, plus d’Europe. L’Union Européenne a mis en œuvre depuis cette année une esquisse de ce projet, mais la Commission a transformé l’exercice en une leçon d’ultralibéralisme. Les mauvaises idées ont la vie dure ! Il faudrait du temps et on en manque !
SOLUTION 4
Faire payer les riches
C’est la tendance en Allemagne, aux Royaume-Uni, en Espagne et un peu en France (2,8 Mds au RU, mais 400 millions seulement en France).
Car, ce sont les dépenses qui ont creusé la dette. Elles ont même diminué (55% du PIB en 1993 et 52% en 2007). Mais, c’est la baisse des recettes avec les baisses d’impôts selon les recettes du néo-libéralisme (22,5% du PIB en 1982, pour 15,1% en 2009). Sans oublier l’impôt sur les sociétés, trois fois plus lourd pour les PME que pour les entreprises de CAC40. Mais, les pleurnicheries du MEDEF n’ont pas cessé… Et, il faut recueillir de l’argent pour la campagne électorale de 2012…
Toutefois, même si la France rétablissait la tranche supérieure à 50 ou 60%, cela ne suffirait pas. Mais, ce n’est pas une raison pour ne pas leur demander davantage.
Et puis l’Europe pourrait durcir sa politique à l’égard des paradis fiscaux et favoriser la convergence des politiques fiscales des Etats membres pour lutter contre l’évasion des capitaux. On en parle, mais cela n’avance pas vite…
SOLUTION 5
Interdire la spéculation
Sans l’interdire, il faut surveiller la manière dont la spéculation est financée. Si les financiers ne misaient qu’avec leur argent et celui de leurs clients, ce ne serait pas très grave. Mais, ils empruntent afin de jouer plus gros et créent des bulles spéculatives.
Et il faut surveiller les « innovations » inventées par les mathématiciens (surtout français, ils avaient inventé les subprimes et la titrisation).
Enfin, il faut interdire les ventes dites « à découvert » (vendre ce que l’on ne possède pas). On commence timidement.
SOLUTION 6
Relancer l’activité
Est-ce que c’est encore possible ?
Renouer avec la croissance est une nécessité. Les plans d’austérité ne suffiront pas, d’ailleurs, ils ne plaisent pas aux Marchés et les Bourses baissent dès que l’on entend le mot « rigueur ».
Des marges de manœuvres existent, en particulier dans les pays qui ont limité la demande intérieure et ont misé sur leurs exportations dans les années 2000 (Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Finlande). Ils pourraient doper leurs investissements dans certains domaines comme la conversion d’un système énergétique encore dominé par le charbon ou le développement des structures d’accueil pour les jeunes enfants. Ou, plus simplement, augmenter durablement les salaires.
La BCE pourrait mieux soutenir l’activité en baissant le coût du crédit pour les ménages et les entreprises sans « stériliser » ces prêts par souci de l’orthodoxie financière, et accroître ainsi la masse monétaire en circulation (ce que font les USA et la Grande-Bretagne par exemple).
L’Europe pourrait lancer un vaste plan de reconversion écologique pour devenir moins dépendant des matières premières (pétrole, gaz, uranium, minerais, etc…, dépendance qui la fragilise). Ce plan serait financé par la caisse commune d’endettement vue précédemment (200 à 300 Mds).
Trop de dettes ? Mais, la dette publique de la zone euro pèse 10 points de moins que celle des USA… Et puis, s’endetter pour investir est une bonne dette.
SOLUTION 7
Renforcer la gouvernance de l’Europe
Cette crise est née essentiellement de l’endettement privé qui a servi à gonfler une bulle immobilière et à financer la consommation de produits importés au lieu de développer l’outil de production.
Il a fallu transformer cette dette privée en dette publique pour sauver les banques.
Et l’inaction, ou la paralysie, de la BCE a amplifié la crise.
Si elle avait obligé les banques aux « réserves obligatoires » (c'est-à-dire à déposer l’équivalent de leurs prêts auprès de la BCE), on n’en serait pas là.
La zone euro souffre d’un défaut d’organisation et de gouvernance.
Il faudrait mettre en place :
- une union budgétaire
- une union financière
- une représentation externe
Ambitieux mais faisable.
Surtout ne pas attendre la prochaine crise. Et ne pas oublier d’expliquer aux citoyens.