Réunion thématique du 2 septembre 2013
par Albert GREGOIRE
Avertissement : Cet article est une compilation de textes consultés sur internet et dans la version 2008 de l'Encyclopédie Universalis.
Du point de vue étymologique, le mot « populisme » vient bien entendu du latin populus, le peuple.
En France, ce mot fut utilisé pour la première fois en 1929 par Léon Lemonnier, écrivain, critique littéraire et biographe français, né à Rouen 1890 et mort en 1953.
Les publications de son Manifeste du roman populiste (1930) et Le populisme (1931) fondèrent le mouvement populiste. Le Manifeste avait été précédé d'articles dans différents journaux et revues : L'Œuvre, La Revue mondiale, le Mercure de France.
Se présentant comme inspirée par le Naturalisme de Zola, cette doctrine entendait ramener la littérature au niveau des vies « médiocres » des gens du peuple, expurgée de toutes les doctrines sociales qui auraient tendance, d'après Lemonnier, « à déformer les œuvres littéraires ».
Cependant, d'après certains auteurs, le véritable ancêtre du mouvement populiste serait le roman picaresque. Lemonnier écrit : « Les romanciers picaresques ont peut-être déjà fait ce que nous voudrions tenter. Un picaro, c'est un gars du peuple qui roule sa bosse de ville en ville, tâchant de se débrouiller et de trouver la combine ». Le populisme avait l'ambition essentiellement de peindre la vie du peuple, sans doute, mais plus encore de « faire vrai » et de porter une attention accrue à l'étude de la réalité, sans écart de style, et en dehors du scientisme de Zola.
Mais ce qui nous intéresse en réalité c'est une approche du populisme politique.
Le mot est partout, sa définition nulle part.
Avant les années 1990, les termes « populisme » et « populiste » pouvaient désigner divers courants politiques se référant au peuple, parmi lesquels le parti de centre droit OVP autrichien ou le SPH turc au centre-gauche qu'on a tendance depuis à ne plus vouloir qualifier ainsi, leur préférant le label de « populaire ».
Si le terme populisme est aujourd'hui péjoratif en politique, les politiques dites populistes peuvent être très différentes : différences gauche/droite et entre populismes d'Europe et d'Amérique du Sud. L'historien Philippe Roger déclare que le mot populisme « désigne un complexe d'idées, d'expériences et de pratiques qu'aucune typologie, si fouillée soit-elle, ne saurait épuiser. »
En politique, le “populisme” se décline dans des expressions polémiques : “dérive populiste”, “tentation populiste”, “danger populiste”, voire “prurit populiste”.
Gustave Flaubert le définissait ainsi : " Populisme : on ne sait pas ce que c'est ; tonner contre."
Et quant à "tonner contre", éditorialistes et politiques s'y emploient quotidiennement. Pourtant, le populisme politique, c'est toute une histoire, et une histoire sérieuse.
Le mouvement politique Populism naît aux États-Unis à la fin du XIXème siècle.
Alors que la société américaine est en plein développement économique, et que certains accumulent des fortunes en quelques années, des millions d'Américains vivent dans la pauvreté. Dans les villes en pleine croissance, les ouvriers (dont des centaines de milliers d'enfants) habitent des taudis, travaillent dans des conditions insalubres et touchent des salaires misérables pour des semaines de travail qui atteignent couramment soixante heures. Dans les campagnes, les fermiers voient leur niveau de vie s'effondrer : alors que les prix agricoles ne cessent de baisser, les produits manufacturés augmentent constamment, au moment même où l'agriculture se mécanise. Spéculation foncière et tarifs des chemins de fer contribuent à aggraver le sort des ruraux qui ne trouvent d'issue que dans l'emprunt, lequel les met en situation de dépendance à l'égard des banques. Ouvriers et paysans s'organisent, sans que jamais, ou rarement, leurs luttes se rejoignent pour obtenir la satisfaction de leurs revendications réciproques. Le populisme politique américain reste donc, en cette fin de XIXème siècle, un phénomène essentiellement rural.
En Russie, apparaît à la même époque le mouvement socialiste agraire Narodniki fondé par des populistes russes et actif durant la deuxième moitié du XIXe siècle.
Les Narodniks ont essayé d'adapter la doctrine socialiste aux conditions russes. Ils ont envisagé une société dans laquelle la souveraineté reposerait sur de petites unités économiques autonomes rassemblant les communes de village et liées dans une confédération remplaçant l'État. Les Narodniks sont allés pour la première fois dans un village en 1874, propager leur doctrine parmi les paysans, mais ils ont vite été rejetés.
En 1876, ils se sont transformés en société secrète, connue sous le nom de « Terre et Liberté », pour favoriser un soulèvement révolutionnaire de masse. Expulsés de la campagne par la police, ils sont bientôt dominés par l'aile terroriste du mouvement formée en 1879 sous le nom de Narodnaïa Volia ce qui signifie « Volonté du Peuple » ou « Liberté du Peuple », organisation terroriste responsable de plusieurs attentats à la bombe, dont l’assassinat du tsar Alexandre II le 1er avril 1881.
Le Parti Socialiste Révolutionnaire (SR) fondé en 1901 fut l'héritier du mouvement des Narodniks.
Le Populisme à la française
Alexandre Dorna, Professeur d’Université, Vice Président de l’Observatoire de la Démocratie estime que la France, contrairement à la vulgate idéologique, est un pays de fortes traditions populistes. Il cite tour à tour :
Il dira de son propre régime : « Quel gouvernement que le mien ! L’impératrice est légitimiste ; Napoléon-Jerôme, républicain ; Morny, orléaniste ; je suis moi-même socialiste. Il n’y a de bonapartiste que Persigny, mais il est fou. »
A la Libération, De Gaulle se rend vite compte que l’État est impuissant dans un système de partis. Il est convaincu que l’exécutif ne doit pas procéder du Parlement, mais doit trouver sa légitimité du peuple lui-même. Il considère que l’union de la France, malgré la reconnaissance de l’existence de familles idéologiques différentes, doit devenir l’aspiration centrale de son projet politique.
Ainsi, le gaullisme se caractérise, en tant que mouvement populiste, selon plusieurs aspects : le dépassement du clivage gauche-droite ; l’autorité de l’État comme question centrale ; le charisme de l'homme providentiel capable d’embrasser la vision longue et la vision instantanée ; enfin, le mythe d’une « certaine idée de la France ».
- Un appel personnel au peuple, dont l'efficacité symbolique suppose l'autorité charismatique du leader-démagogue, lequel doit pouvoir incarner le mouvement social et politique initié
- L'appel au peuple tout entier, sans distinction de classes, de tendances idéologiques ou de catégories culturelles : l'objet de la visée populiste est de réaliser un rassemblement « interclassiste » dans le cadre national
- L'appel direct au peuple authentique, et à lui seul, en tant qu'il est “sain”, “simple”, “honnête”, doté d'un “instinct” supposé infaillible, ordonné au bien. Notons déjà la contradiction avec la caractéristique ci-dessus : il s'agit de la partie saine du peuple.
- L'appel à la rupture purificatrice ou salvatrice, qui se traduit de diverses manières : en finir avec le désordre établi, abolir enfin la corruption régnante, destituer les élites qui ont trahi le peuple, rompre radicalement avec le système”, accomplir une “seconde Révolution française” qui serait la “vraie”.
- L'appel explicite à la discrimination des individus selon leurs origines ethniques ou leurs appartenances culturelles, et la demande d'expulsion, plus ou moins « euphémisée » (le “retour au pays” des immigrés d'origine extra-européenne), de groupes ethnoculturels désignés comme “inassimilables” et diversement stigmatisés. Ce trait permet de distinguer le national-populisme lepéniste des populismes à dominante bonapartiste recourant à une idéologie du rassemblement national, dont le gaullisme constitue l'illustration exemplaire la plus récente.
Au delà des personnages ou courants politiques, le terme de populisme, toujours dans son sens péjoratif, est également utiliser pour dénigrer une certaine presse qui n'est pas politiquement correcte, comme Médiapart ou le Canard Enchaîné, voire Charlie-Hebdo ou précédemment Le Crapouillot. A cette critique Médiapart a répondu de la manière suivante : « Des lecteurs se sont étonnés de nos révélations récentes ayant mis dans l’embarras le Parti socialiste et certains de ses élus. Ils vont devoir s’étonner souvent tant Mediapart sera, sous la gauche au pouvoir, ce qu’il fut sous la droite : un journal d’information, indépendant et participatif, assumant sa fonction de contre-pouvoir démocratique. L’inverse serait trahir votre confiance. »
Enfin, on retiendra encore l'usage du terme populiste pour désigner, au coup par coup, certains propos ou décisions conjoncturels, sans que l'on puisse parler d'un courant ou d'un projet politique global. Un des derniers exemples en date : Le Président Hollande qui décide, suite à l'affaire Cahuzac, que les élus devront déclarer leur patrimoine et s'interdire la pratique de la vie politique avec certaines activités professionnelles.
Bien entendu, cet exposé ne prétend pas couvrir l'ensemble des populismes à travers le monde. Ainsi, j'aurai pu parler des populismes latino-américains parmi lesquels il aurait fallu insister sur le « Peronnisme » en Argentine ou le « Chavisme » au Vénézuela ; j'aurai pu évoquer les populismes en Afrique, les populismes dans les régimes théocratiques, tel l'Iran des Ayatollahs, etc... L'objectif fixé était surtout de dépeindre le populisme à la française, en suivant une logique historique.
Pour terminer, je citerai encore quelques auteurs.
D'abord Edgar Morin qui estime que « Le mot "populisme" mis à toutes les sauces perd toute signification et empêche tout diagnostic pertinent ».
Il est vrai que ce terme est devenu, dans l’espace public, une facilité de langage destinée à disqualifier tous ceux qui ont le malheur de bousculer, d’une manière ou d’une autre, les convenances établies, le politiquement correct.
Et pourtant, le sens commun du public retiendra surtout que les populistes aiment le peuple ou, à tout le moins, sont attentifs à ses humeurs. La définition du «populisme» par Le Grand Robert corrobore ce qu’un esprit simple songe de prime abord: « Importance donnée aux couches populaires de la société. »
Le philosophe Jacques Rancière reproche aux anti-populistes de faire l'amalgame entre l'idée du peuple démocratique et une foule dangereuse, un peuple forcement immature et incorrigible, guidé par ses bas instincts, dangereux par ses colères subites, et , en définitive, incapable de raison. Et d’en tirer la conclusion que « nous devons nous en remettre à ceux qui nous gouvernent » toute contestation de leur légitimité et de leur intégrité menant aux pires totalitarismes.
La politologue Annie Collovald estime qu'en justifiant la supériorité morale des élites sociales et politiques établies, l'anti-populisme facilite les thèses réactionnaires ou conservatrices comme celle consistant à dire que les démocraties sont ingouvernables lorsqu’elles sont soumises “à une surcharge de demandes populaires” et qu’il faut lutter contre les “excès de démocratie”. L'anti-populisme estime qu'il vaut mieux, face à un peuple incompétent et indiscipliné, une démocratie censitaire ou autoritaire fonctionnant sans lui. Cette idée fut énoncée par la Trilatérale déjà dans les années 1970.
Enfin pour l’historien Pierre Rosanvallon, le populisme n’est pas autre chose que « la réponse simplificatrice et perverse » d’une démocratie minée par le ésenchantement politique ».
Une chose est sûre, c'est que ce sont bien les limites de la démocratie représentative telle qu’elle se pratique concrètement dans nos pays qui se révèlent dans les positions populiste ou antipopuliste.
En conclusion, on peut dire que le populisme désigne l'idéologie ou l'attitude de certains mouvements politiques qui se réfèrent au peuple pour l'opposer à l'élite des gouvernants, au grand capital, aux privilégiés ou à toute minorité ayant "accaparé" le pouvoir... accusés de trahir égoïstement les intérêts du plus grand nombre.
Pour les "populistes", la démocratie représentative fonctionne mal et ne tient pas ses promesses. Prônant une démocratie plus directe, ils ont donc pour objectif de "rendre le pouvoir au peuple".
Le terme populisme est en général utilisé dans un sens péjoratif par ses opposants, c'est-à-dire les classes dirigeantes ou les politiciens au pouvoir, pour amalgamer et critiquer tous les "archaïsmes" et freins au développement de leur politique qu'ils pensent détecter parmi le peuple.