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Réunion thématique du 2 juin 2014

LA CRISE UKRAINIENNE

Conquise au IXe siècle par les Varègues d’Oleh le Sage, des Vikings orientaux originaires de Novgorod, Kiev devient durant les Xe et XIe siècles la prospère capitale d’un puissant état slave, la Ruthénie, s’étendant de la Baltique à la mer Noire.

Au XIIe siècle, à la suite de conflits violents entre différents seigneurs locaux, les Tatars mongols imposent leur autorité à toutes les principautés ruthènes. Combattus au XIVe siècle par les Polonais et les Lituaniens, les Tatars perdent le contrôle de toute l’Ukraine actuelle, à l’exception du littoral de la mer Noire et de la Crimée. Et, au cours du XVIe siècle, les Tatars deviennent sujets de l’empire Ottoman.

Au XVIIe siècle la partie orientale de l’Ukraine s’émancipe de la domination lituano-polonaise et se constitue en état autonome de caste cosaque qui est ensuite partagé en deux, une partie sous protectorat moscovite, l’autre sous celui de la République des Deux Nations. Au XVIIIe siècle Catherine La Grande récupère toute l’Ukraine de la rive droite du Dniepr, à l’exception de la Galicie passée sous le contrôle de l’Autriche, qui deviendra, en 1867, l’empire austro-hongrois.

En novembre 1917 la République Populaire d’Ukraine est proclamée. Son indépendance à l’égard de la Russie est confirmée par le Traité de Brest-Litovsk (9 février 1918). Et le 30 décembre 1922 est créée l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) dont l’Ukraine fait partie. Quand Staline déclenche sa révolution industrielle, vers la fin des années 1920, l’Ukraine est concernée au premier chef : la plus grande centrale hydro-électrique d’Europe est construite sur le Dniepr et le bassin minier et métallurgique de Donbass est mis en valeur. Entre 1931 et 1933 l’Ukraine, cependant très fertile, connaît des famines catastrophiques (entre 2,6 et 5 millions de morts !). Staline aurait organisé et utilisé cette famine pour briser la paysannerie et le nationalisme ukrainiens. Cette « extermination par la faim, (Holodomor) a été reconnue par le Parlement Européen en 2008 « comme un crime effroyable perpétré contre le peuple ukrainien et contre l’humanité ».

Durant les purges de 1937-1939 plusieurs millions d’ukrainiens sont exécutés ou envoyés au goulag. En outre le pouvoir soviétique s’attaque aux symboles religieux.

A l’été 1941, l’Ukraine est envahie par les armées allemandes ; elles sont reçues en libérateurs par une partie de la population. Le 28 avril 1943 est créée la division SS Galicie, constituée de volontaires ukrainiens. On estime à 220.000 le nombre de ces volontaires.

En 1944 l’armée rouge récupère la plus grande partie de l’Ukraine, mais, dans l’Ouest du pays les indépendantistes continueront la résistance armée contre l’URSS jusqu’en 1954.

Commencée en 1989 à la faveur de la libéralisation du régime soviétique, la marche vers l’indépendance s’achève le 24 août 1991 ; elle est confirmée par l’Accord de Minsk, signé par les dirigeants russe, ukrainien et biélorusse. Par le mémorandum de Budapest sur les garanties de sécurité, signé le décembre 1994, l’Ukraine abandonne son arsenal nucléaire en échange de la garantie par les U.S.A, le Royaume Uni et la Russie, de son intégrité territoriale.

Le cas particulier de la Crimée.

Nous avons vu qu’au cours du XVIe siècle les Tatars, encore établis en Crimée et sur le littoral de la mer Noire étaient devenus sujets de l’empire Ottoman ; à l’issue de la guerre russo-turque de 1768-1774, la Tauride et la Crimée sont cédées à l’ Empire Russe en vertu du traité d’Iasi. Les tsars y mènent une politique de peuplement. De nouvelles villes sont fondées, notamment Sébastopol en 1783, des voies ferrées construites et des marais assainis. Les Tatars sont persécutés ou expulsés.

En 1853, suite à une querelle entre Napoléon III et Nicolas 1er à propos de la protection des Lieux Saints de Jérusalem, le Tsar attaque et détruit la flotte turque de la mer Noire. Les français et les anglais, rejoints par le roi de Piémont-Sardaigne, font cause commune avec le Sultan Abdul-Medjid 1er. Le 14 septembre 1854 leurs armées débarquent à Eupatoria et entament le siège de la puissante base navale de Sébastopol. Le siège dure onze mois et coûte aux alliés 120.000 hommes (20.000 britanniques, 95.000 français) dont les trois quarts victimes du choléra ou du typhus. Le traité de Paris (30 mars 1856) met fin au conflit.

Lors de la création de l’URSS la Crimée devient une république socialiste autonome ; cependant, en 1948 la ville de Sébastopol ne dépend plus de l’oblast de Crimée, mais est rattachée directement à la RSFS de Russie.

En 1954 par décision personnelle de Kroutchev la Crimée est rattachée à l’Ukraine ; cependant Sébastopol reste de facto une enclave russe et, en 2010, après de longues négociations, l’Ukraine prolonge jusqu’en 2042 le bail de la Russie sur le port de Sébastopol.

La révolution orange (2004) et la suite.

L’élection présidentielle du 21 novembre 2004 ayant donné lieu à des soupçons de fraude, un fort mouvement de protestation populaire, qualifié de « révolution orange », obtint l’annulation par la Cour suprême du second tour du scrutin qui avait donné la victoire à l’ancien premier ministre, Viktor Ianoukovytch. C’est finalement Viktor Iouchtchenko qui fut déclaré vainqueur ; il prêta serment en janvier 2005 et choisit comme premier ministre Ioulia Tymochenko, une femme d’affaires. Sur fond d’accusations réciproques de corruption celle-ci fut limogée en septembre 2005 et remplacée par Iourii Iekhanourov.

A la suite des élections législatives de 2006 c’est Viktor Ianoukovytch, chef du parti des régions (pro-russe) qui est nommé premier ministre.

Lors des élections législatives du 30 septembre 2007, provoquées par la dissolution du parlement décidée par le Président Iouchtchenko donne la victoire à Ianoukovytch, mais c’est Ioulia Tymochenko qui est nommée premier ministre. A nouveau dissout par Iouchtchenko le parlement (« La Rada ») décide de se maintenir jusqu’en 2012.

Une élection présidentielle a lieu en janvier 2010 ; Viktor Ianoukovytch l’emporte et l’un de ses fidèles, Mykola Azarov, est nommé premier ministre. En 2011 Ioulia Tymochenko est placée en détention et condamnée à 7 ans de prison pour abus de pouvoir dans le cadre de contrats gaziers passés entre l’Ukraine et la Russie. La Cour européenne des droits de l’homme condamne l’Ukraine dans cette affaire.

Lors de tous les scrutins qui se sont déroulés en Ukraine les commentateurs ont observé une préférence pour les candidats pro-européens en Ukraine du Nord-Ouest, jadis soumise à l’influence polono-lituanienne, et pour les candidats pro-russes en Ukraine du sud-est jadis soumise à la domination turco-tatare et délivrée de celle-ci par les cosaques et la Russie.

L’économie.

Dans ma mémoire scolaire, l’Ukraine c’est le grenier à blé de la Russie grâce à la Terre Noire (Tchernoziom). La terre noire est toujours là, mais elle a été très mal exploitée sous le régime soviétique dont on a vu qu’il était même soupçonné d’avoir organisé des famines dans les années 30. Par contre les industries lourdes, minières et chimiques ont été développées, surtout dans la partie Est (Lonhansk, Donetsk) mais elles ne sont ni modernes ni en bon état. L’Ukraine compte, en plus de Tchernobyl (4 réacteurs étouffés), quatre centrales nucléaires, avec 15 réacteurs actuellement en service. A noter que la sécurité de ces centrales inquiète fortement les pays voisins ; la Russie a demandé à l’AEIA de vérifier leur sûreté

En fait l’économie ukrainienne est en perdition (PIB par habitant : 2407 €, soit 20% de moins que l’Albanie). Dans le classement de la Banque Mondiale l’Ukraine occupe le 140e rang sur 189 pays. L’ un des maux qui rongent l’Ukraine est la corruption, systématique dans certaines régions.

Démographie.

A fin 2013 l’Ukraine comptait 45.426.200 habitants, dont 2.033.700 en Crimée (dont environ 1.200.000 russes et 246.000 tatars).

Religions :

La plupart des ukrainiens sont des catholiques orthodoxes ; une minorité appartient à l’Eglise catholique orientale.

Les événements 2013-2014. EUROMAÏDAN.

Depuis 1991 les USA financent des groupes politiques pro-européens en Ukraine par l’intermédiaire d’ONG (fondation Carnegie) ; ce financement aurait dépassé 5 Mds $ entre 1991 et 2013.

En fin 2013, alors que l’Ukraine est proche du défaut de paiement le Président Ianoukovytch refuse de signer un accord d’association avec l’U.E. ; l’accusant d’avoir « vendu le pays pour s’acheter un poste de gouverneur dans l’empire russe » les manifestants demandent son départ. Sur la place de l’Indépendance les drapeaux ukrainien et européen se côtoient, montrant à la fois l’attrait pour l’Europe et un nationalisme dirigé contre la Russie. Dès le début des manifestations on note une forte présence de l’ancien Parti National-Socialiste Ukrainien rebaptisé Svoboda et de ses drapeaux. Dès le 30 novembre des manifestants brandissaient le drapeau rouge et noir de l’Union des Ukrainiens Nationalistes de Stepan Bandera, qui collaborèrent avec les nazis pour exterminer juifs et polonais ! De plus en plus violentes les manifestations continuent pendant tout le mois de décembre. Leurs leaders, même les plus néo-nazis d’entre eux sont reçus et encouragés en Europe, et notamment en France. Le 1er janvier 2014 une marche est organisée par Svoboda ; 15000 torches sont allumées pour célébrer le 105e anniversaire de Stepan Bandera .Le 20 février la police est autorisée à tirer à balles réelles sur les manifestants. Suite à des menaces de sanctions de l’U.E. les ministres des affaires étrangères allemand, polonais et français entament des négociations avec Ianoukovytch, les leaders de l’opposition et un représentant de la Russie. Le 21 février un accord de sortie de crise est signé par toutes les parties, à l’exception du russe. Des élections anticipées sont annoncées en 2014, ainsi que le retour à la constitution de 2004. Dans la soirée Ioukanovytch s’enfuit. Réfugié en Russie il déclare le 22 février qu’il ne démissionnera pas et dénonce un coup d’état. La Rada constate la vacance du pouvoir et le destitue. Pendant ce temps, et surtout dans l’est du pays et en Crimée la résistance au « coup d’état » s’amplifie. Des milices d’auto-défense sont créées ; à Sébastopol un nouveau maire pro-russe (Alexeï Tchaly) est élu à main levée. Des républiques populaires sont proclamées à Donetsk et à Louhansk.

Le 11 mars le Conseil suprême de Crimée proclame l’indépendance de la République

autonome de Crimée ; le 16 par, lors d’un référendum la population se prononce à une écrasante majorité en faveur du rattachement de cette république à la Russie. (82 % des citoyens ont participé au vote ; 96 % ont approuvé) Le 18 mars le Président russe, Vladimir Poutine, ratifie ce rattachement.

A Kiev, dès que la destitution de Ianoukovytch a été prononcée, la Rada a décidé

  • La constitution d’un gouvernement provisoire de 21 membres dirigé par Arseni Iatseniouk, le président du parlement, Tourtchinov, assurant l’intérim de Ianoukovytch.
  • Qu’une élection présidentielle aurait lieu le 25 mai.

Iatseniouk est pro-européen mais il a une réputation de modéré. Il appartient au parti de Ioulia Timochenko. Son gouvernement est immédiatement reconnu par l’U.E. et les USA ; le mécontentement russe est considérable. Le tiers de ses membres sont des néo-fascistes avérés.

Ce gouvernement provisoire a marqué son arrivée au pouvoir par l’abolition de la loi sur les langues régionales qui élargissait l’espace des usages de la langue russe, alors qu’elle est celle de près de 30% des ukrainiens. Il a également abrogé la loi qui interdisait la propagande fasciste en Ukraine. Bien que le président Tourtchinov ait annoncé qu’il ne ratifierait pas la loi linguistique, la nouvelle avait fait son effet et alimenté la colère des russophones. Dans toute la partie Est du pays des manifestations pro-russes ont éclaté. Le nouveau pouvoir a traité leurs participants en terroristes et a entrepris des expéditions punitives qui ont d’ailleurs échoué. Un climat de guerre civile s’est instauré et le gouvernement ne contrôle plus l’Est du pays.

C’est dans ce chaos qu’a eu lieu , le 25 mai, l’élection présidentielle : conformément aux prévisions c’est un richissime oligarque, pro-européen mais qui s’affiche très modéré, Petro Poroshenko, qui a été élu au 1er tour avec 54 % des voix. Sa principale adversaire, Ioulia Timochenko n’obtenant que 13 %. Noter cependant que dans les régions Est et Sud l’abstention et les votes blancs ont été très importants (64,7 % dans l’est). Les candidat fascistes, Iaroch et Tiakhinbok n’ont obtenu que chacun 1%. ; à ce jour la composition du gouvernement n’est pas encore connue ; cependant il semble probable que le gouvernement provisoire sera maintenu jusqu’aux législatives prévues courant 2014. Rappelons qu’un tiers de ses membres sont des néo-fascistes.

Le nouveau président ukrainien, reconnu par l’ensemble des nations, y compris la Russie, qui continue cependant d’exiger le paiement des factures de gaz en souffrance, va tenter de rétablir l’ordre dans l’est du pays mais entend ouvrir un dialogue avec Moscou.

Entraînée par les USA l’Europe, Allemagne et France en tête, s’est fortement impliquée dans la crise ukrainienne, déclenchant une vive réaction de la Russie…et des bruits de bottes fort inquiétants. Nous allons tenter de comprendre ce qu’il s’est réellement passé.

C’est le refus de Ianoukovytch de ratifier un accord d’association avec l’U.E. qui a déclenché les manifestations. Le 1er décembre 2013 Rue89 et Nouvelobs.com ont publié la lettre d’une ukrainienne aux citoyens de l’U.E : « Je veux vous expliquer pourquoi nous défilons jour et nuit ». En voici quelques extraits :

« Aujourd’hui notre président Viktor Ianoukovytch s’est transformé en un nouveau Ceausescu ;des étudiants qui s’étaient levés pour soutenir l’accord d’association prévu entre l’Ukraine et l’U.E. se sont retrouvés avec le crâne ensanglanté. . .il ne s’agit pas seulement de l’U.E, de la zone Schengen ou des valeurs européennes…il s’agit de notre liberté face à la mafia ukrainienne, nos dirigeants, qui, en quatre ans, ont réussi à voler la patrie de 45 millions de personnes…notre soi-disant président a été emprisonné à deux reprises pour vol quand il était jeune. Notre premier ministre ne parle pas la langue nationale. Nos tribunaux sont corrompus. Notre police viole les femmes, tue les gens et ne va jamais en prison…on me dit que l’Ukraine est fort dépendante de la Russie et de son gaz. Comptons ensemble : L’Ukraine produit environ 21 milliards de m3 par. A titre de comparaison la Pologne utilise moins de 15 milliards de m3 par an. Le gaz ukrainien devrait donc être suffisant pour l’Ukraine. Pourquoi achetons-nous plus de trente milliards de m3 de gaz russe ?

l faut que je vous parle un peu d’argent : Une même robe Zara vendue 50€ à Berlin coûte 65€ à Kiev. Le Brie President vendu 2€ en France coûte 7€ en Ukraine. Le lait : 7 centimes en Pologne,1 € en Ukraine…Parlons des salaires : le salaire moyen d’un chirurgien en Ukraine est inférieur à 300€ par mois. Le salaire moyen est de 320e…pour aller de sa maison jusqu’à Kiev, notre président dispose d’un couloir séparé sur la route…Pour Ianoukovytch et sa bande, l’Ukraine n’est pas un pays…c’est une pompe qui leur permet d’aspirer de l’argent…Nous ne sommes pas russes ni biélorusses…(l’Ukraine) c’est le pays où 45 millions de personnes ne peuvent pas se débarrasser d’une poignée de voyous qui ont pris le pouvoir…Pour nous, l’accord commercial avec l’U.E. représenterait d’abord le début d’une prise de contrôle de l’Union sur le pouvoir criminel ukrainien… »

Utilisation de la légitime colère du Peuple par des extrémistes. Euromaïdan a été endeuillé par des snipers qui ont tiré sur la police et sur les manifestants, faisant plusieurs dizaines de victimes. On a d’abord accusé Ianoukovytch de les avoir commandités. Une enquête de la télévision publique allemande semble prouver qu’il y avait deux équipes de tueurs, l’une constituée de milices gouvernementales, l’autre recrutée par les néo-fascistes qui manipulaient la manifestation. La Cour Pénale Internationale à ouvert une enquête.

Les mêmes néo-fascistes, et notamment les militants de Pravy Sektor semblent responsables du massacre perpétré à Odessa le 2 mai : après avoir été provoqués par des éléments pro-russes à l’occasion d’un match de foot, supporters et nationalistes ukrainiens ont attaqué les séparatistes pro-russes qui se sont réfugiés dans la maison de syndicats où ils furent massacrés (peut-être une centaine de victimes) un incendie étant de surcroît allumé, sans doute pour tenter de dissimuler le crime. L’un des auteurs, contre lequel des preuves accablantes existaient avait été arrêté. Sous la pression de Pravy Sektor il a été libéré. Le comble, c’est que tous ces nationalistes sont aidés par des mercenaires américains. En effet le journal allemand Bild am Sontag a apporté la preuve que 400 mercenaires travaillant pour la société américaine ACADEMY ex BLACKWATER interviennent en Ukraine pour soutenir et organiser les forces gouvernementales.

Natalia Vitrenko et l’appel des 29.

Le 25 janvier Natalia Vitrenko, économiste et fondatrice du Parti Socialiste progressiste d’Ukraine, des représentants de quatre partis politiques différents et dix anciens membres du parlement ukrainien ont lancé un appel au Secrétaire général de l’ONU, aux dirigeants européens, au Président Obama et aux principaux sénateurs et congressiste des USA. Il y est affirmé que les émeutiers qui ont pris le contrôle du Maïdan sont des néo-nazis pris en main par la CIA. Selon les signataires de cet appel ce sont les oligarques ukrainiens, leurs fortunes étant placées dans les banques de la City de Londres, qui poussent à l’accord avec l’U.E.

En avril 2013 Natalia Vitrenko a tenu, lors d’une conférence de l’Institut Schiller des propos qui donnent à réfléchir : « L’Ukraine a rejoint le FMI le 3 juin 1992 et a commencé à emprunter en acceptant ses conditions et en faisant tout ce qu’on lui demandait de faire : déréglementations, privatisations.. Dans tous les secteurs de l’économie réelle les entreprises ont été vendues aux enchères pour une poignée de cacahuètes. De 1992 à 2012 la production d’électricité a chuté de 35 %. L’Ukraine avait 16 grandes usines de machines outils qui produisaient 37000 unité en 1990. Aujourd’hui seules trois d’entre elles subsistent…50000 entreprsies ont été privatisées et 45% d’entre elles sont depuis fermées…Nous avions 500000 chercheurs, les plus talentueux ont quitté le pays, des centaines de milliers de scientifiques ont été mis à la rue pour vendre n’importe quoi…la

recherche appliquée est à 7,6 % de son niveau de 1990…7 millions de nos concitoyens sont partis vivre à l’étranger pour des raisons économiques. Tout cela est un crime !

L’opposition ukrainienne à l’accord UE/Ukraine fait valoir que cet accord entraînerait une réforme en profondeur de l’Ukraine dans tous les domaines –politique, économique et social- sur le modèle de l’UE et de la Banque centrale européenne, alors que l’UE n’a jamais tenu ses promesses de croissance et sombre aujourd’hui dans des politiques d’austérité meurtrières. Le libre-échange envisagé détruirait l’industrie en Ukraine…et l’agriculture en France !

A propos d’agriculture. Le 25 septembre 2010 TF1 a consacré une enquête aux agriculteurs français qui imitant des américains, des canadiens, des allemands et des néerlandais exploitent d’immenses domaines en Ukraine. Des surfaces énormes (2 à 3000 ha) de terre extrêmement fertile louées à bas prix (on ne peut pas acheter), avec des salaires très bas, permettent de profiter pleinement de la flambée du prix des céréales. Dans un article du 21 mai intitulé « Les maîtres du grain » le Canard enchaîné explique que, depuis que la Russie s’est emparée de la Crimée, le cours des céréales flambe. Le prix du blé, notamment, a grimpé de 30% en trois mois et les géants du trading de matières premières agricoles s’en donnent à cœur joie. Ces géants sont quatre dont un français (Louis Dreyfus commodities) ; Cargill, le plus gros des quatre, avec un budget annuel de 136,7 milliards de $, aligne 500 navires de fret qui sillonnent en permanence les mers du globe. C’est dire que la colonisation occidentale de l’Ukraine est pleine d’avenir.

La loi des oligarques. L’une des caractéristiques de l’Ukraine, où un chirurgien gagne moins de 300€ par mois, c’est l’existence d’un certain nombre d’oligarques, très impliqués dans la politique, chacun créant sa propre milice et gérant, tel un seigneur, son oblast ou sa ville. Le plus riche s’appelle Rinat Akhmetov. Fils d’un mineur, il a construit un empire dans l’énergie, Forbes le place à la 47e place mondiale avec 15,4 Mds de $ en 2013. Il semble être resté neutre, très distant du conflit, mais il se serait rapproché du nouveau gouvernement courant mai et il a appelé ses 300.000 travailleurs à une grève de protestation contre la création de la « république populaire de Donetsk. Porochenko, qui vient d’être élu président avec l’appui de l’occident a fait fortune dans le chocolat et possède une chaîne de télévision. Il appelle à un référendum sur l’entrée de l’Ukraine dans l’Union Européenne.

Responsabilités.

Savoir qui peut être considéré comme le principal responsable de la crise est extrêmement difficile et de peu d’intérêt ; il est cependant important de dénoncer les tentatives de bourrage de crânes.

D’abord l’UE en exigeant, en échange d’un accord d’association qui pouvait laisser croire aux ukrainiens qu’ils pourraient, à terme, intégrer l’Europe, non seulement les a trompés, mais encore a agité devant Vladimir Poutine un chiffon rouge : La perspective de l’installation de l’OTAN à Sébastopol était inacceptable. Un véritable casus belli. Et un reniement de plus des promesses solennelles faites à Gorbatchev. Qu’il en ait profité pour récupérer une Crimée qui n’avait été annexée à l’Ukraine –alors république soviétique- n’est pas surprenant, même si cela constitue une violation flagrante des engagements pris en 1994. Il n’est pas inutile de rappeler, en outre, qu’en 2008, à l’occasion de l’affaire géorgienne, Nicolas Sarkozy, parlant au nom de l’Europe, avait affirmé qu’il était normal que la Russie intervienne pour protéger les minorités russophones installées à l’étranger.

Quant à affirmer, comme un certain Christian Makarian (L’Express du 4 décembre 2013) que l’échec de l’accord d’association, c’est le naufrage d’une grande idée, c’est d’autant plus ridicule que rien, dans les statuts de l’UE ne prévoit son expansion. En fait il faut bien reconnaître que cette expansion prenait des allures de colonisation.

Pour arriver à ses fins l’UE, cheval de Troie de l’OTAN, s’est appuyée sur des néo-fascistes aussi avérés que peu recommandables et quand, à propos de l’Ukraine, Bernard Henri Levy, dans VAR MATIN du 23 mai affirme que « tous les partis ultra nationalistes et néo-fascistes européens sont derrière Poutine », il profère une impardonnable contre-vérité, même s’il est avéré que Poutine s’est servi de membres de partis d’extrême droite pour tenter de déstabiliser l’U.E. ( affaire Kovacs révélée le 31 mai par le Nouvel Observateur).

Pour terminer je laisserai la parole à deux américains :

Henry Kissinger (05.03.2014) : Le débat public sur l’Ukraine tourne autour de la question d’un affrontement, mais savons-nous où nous allons ?...Une politique se juge à la façon dont elle se termine, non à la façon dont elle commence. L’Ouest doit comprendre que, pour la Russie, l’Ukraine ne sera jamais une quelconque terre étrangère. L’histoire russe débute dans la principauté de Kiev…La sagesse devrait guider la politique des USA en Ukraine vers la recherche d’une coopération entre les deux camps. Nous devrions oeuvrer pour la réconciliation, non la domination d’un camp par l’autre…à l’Ouest la diabolisation de Poutine ne fait pas office de politique, mais c’est une excuse pour l’absence de politique…Poutine devrait prendre conscience que, quelles que soient ses doléances, il ne pourra pas imposer militairement sa politique sans déclencher une nouvelle Guerre froide. De leur côté, les Etats-Unis devraient éviter de traiter la russie comme un pays aberrant auquel il faut enseigner patiemment des règles de conduite établies par Washington.Voilà comment j’envisage une sortie de crise…

-L’Ukraine devrait avoir le droit de choisir librement ses partenaires économiques et politiques.

--L’Ukraine ne devrait pas rejoindre l’OTAN…

- L’Ukraine devrait être libre de constituer tout gouvernement respectant l’expression de la volonté populaire

-Les règles de l’ordre mondial établi sont incompatibles avec l’annexion de la Crimée par la Russie, mais il devrait y avoir moyen de revoir la relation entre l’Ukraine et la Crimée de façon à poser les bases d’une relation plus sereine…

Paul Craig Roberts, ancien sous-secrétaire d’état au Trésor de Ronald Reagan.(13 mai 2014) Selon cet expert américain, la dégénération du conflit ukrainien en nouvelle Guerre froide serait profitable à Washington car la cessation progressive des confrontations au Moyen-Orient menace de mettre sur la touche l’immense complexe militaro-industriel des Etats-Unis… La Russie ferait mieux d’ignorer la politique militaire actuelle des Etats-Unis et continuer à développer ses relations avec la Chine, le Brésil et d’autres pays d’Amérique Latine, tout en s’efforçant de ne dépendre en rien de Washington.

Les USA voudraient éviter l’apparition d’un sérieux rival dans l’espace postsoviétique ou toute autre région du monde. C’est pourquoi Washington cherche à surveiller le monde entier et organise un système global de surveillance, où chaque pays est responsable devant les Etats-Unis.

Le 30 mai 2014

M. Thomas

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