par Albert GREGOIRE
Introduction
On se souvient des guerres puniques au cours desquelles s’opposèrent Rome et Carthage et du Discours de
Caton au Sénat qui ponctuait son propos par la répétition incessante de la phrase « Il faut détruire Carthage ».
Nous verrons au cours de cet exposé que, depuis sa fondation, bien plus que Carthage, c’est surtout Jérusalem que les puissances successives ont
toujours voulu détruire
Jérusalem unifiée et capitale d’Israël est un mythe. Depuis la guerre des six jours et l’annexion de 1967, des voix juives s’élèvent contre cette vision. Mais, cette opinion est loin de faire l’unanimité côté israélien. Côté arabe, on estime que le leader palestinien qui lâchera une concession sur Jérusalem n’est pas encore né.
En réalité, sur le terrain le temps joue pour les israéliens en raison des 150 ans d’efforts de peuplement urbain qui a fait de la ville une cité à
majorité juive.
Cela n’enlève en rien le symbole que représente la ville pour les trois religions du Livre : la Colline de Sion et le Mont Moriat, la Mosquée Al Aqsa et le Dôme du Rocher, le Saint Sépulcre
sont autant de lieux saints pour le Judaïsme, l’Islam et la Chrétienté.
L’histoire de Jérusalem que nous allons parcourir a creusé des précipices d’incompréhension et de haine qui en font un foyer d’agitation permanente depuis 2500 ans.
Jérusalem, en hébreu « Jerushalaim » signifie « la résidence de la Paix ».
Elle est la capitale historique de la Bible. De très nombreux passages du livre attestent la signification religieuse essentielle de Jérusalem, dont le rôle dépasse largement celui de simple ville de Palestine.
Les Ecritures citent le nom de Jérusalem pas moins de 800 fois. Pour désigner cette ville, la Bible emploie d’autres noms et formules comme : Salem, la ville de Yahvé, la cité du grand roi, la ville de justice, la cité fidèle, Sion, la ville sainte, etc.…
Les visions de la fin des temps et du tribunal du divin ont fait de Jérusalem un lieu mythique où l’humanité devra se scinder en deux : les Elus et les Damnés.
Sans cesse détruite et reconstruite, Jérusalem continue à désigner quelque chose de plus grand que toute autre ville.
Pendant l’antiquité, la cité du roi David fut rasée par trois fois.
C’est aux environs de l’an 1000 avant l’ère chrétienne que David, successeur de Saül, réunit en un seul royaume Juda et les douze tribus d’Israël et fait de Jérusalem sa capitale.
Babylone
Après le règne de Salomon (- 928), au cours duquel fut construit le premier temple, le royaume est à nouveau divisé en deux : Israël au nord et Juda au sud.
Le royaume d’Israël est pris par les Assyriens en -722. En 587 avant l’ère chrétienne, pour la troisième fois en 20 ans, Nabuchodonosor, roi de Babylone, met le siège devant Jérusalem, capitale
du royaume de Juda.
« Il faut détruire Jérusalem ». L’oukase est sans appel. Dans son plan de conquête de l’Egypte, Nabuchodonosor ne peut laisser les Judéens menacer ses arrières. Accrochée à ses monts
(Ophel, Sion, Moriat), qui culminent à 900 mètres, protégée par des gorges et des vallées profondes (Cédron et Tyropéon) Jérusalem est alimentée en eau par une source, le Gihon. Elle fait figure
de forteresse imprenable.
Dès – 605, Nabuchodonosor avait fait main basse sur la ville, déporté une partie de la population, fait du roi de Juda son vassal, lui avait imposé un lourd tribu et emporté une partie des
richesses du temple. Malgré la déportation du roi de Juda et son remplacement par son fils Joachim, l’agitation continue et Nabuchodonosor assiège la ville pour la seconde fois. Joachim est exilé
à son tour, avec les notables et les artisans. Le temple et le palais sont pillés. Nabuchodonosor établit un nouveau roi, selon son cœur, Sédécias. Mais celui-ci est aussi contestataire que ses
prédécesseurs. « Il faut détruire Jérusalem » ne cesse de répéter le roi de Babylone
et en 587 avant l’ère chrétienne, il établit un troisième siège qui va durer 18 mois. Après la chute de la ville, c’est un massacre et la fin du royaume de Juda après que 21 rois aient porté la
couronne de David. A la suite de cette victoire, Nabuchodonosor charge ses généraux de détruire Jérusalem. Après le pillage, le temple et le palais sont incendiés, les remparts rasés, la ville
ruinée, les habitants emmenés en esclavage à Babylone.
Babylone, ses tentations et son opulence apparaissent comme le paradis : la tolérance y est reine ; le servage n’est pas trop rude. Les
quelques 20.000 hommes de Juda bénéficient d’une certaine liberté avant d’être affranchis. Certains épousent des Babyloniennes et fondent une famille ; d’autres se refont une santé
religieuse et révolutionnaire. C’est en exil que se fonde un Judaïsme pur et dur qui retrouve la parole de Yahvé et la loi de Moïse et écrit son histoire.
La
Perse
En 538 avant l’ère chrétienne, un décret de Cyrus, l’empereur perse qui a vaincu les Babyloniens, met fin à cet exil d’un demi siècle. Tous les Judéens ne rentrent pas. Sous la conduite de
Sassabasar, « Prince de Juda », les purs et durs retrouvent ce qui reste de la cité de David et posent les fondations d’un nouveau temple. Cyrus qui se réclame d’Ahura Mazda, dieu
suprême, se veut l’héritier de toutes les traditions religieuses des peuples soumis. Il respecte aussi bien Yahvé que Mardouk, le dieu des Babyloniens ou l’Amon Ré des Egyptiens. Pour Cyrus, la
tolérance est le secret de l’équilibre de son empire.
La 5ème division administrative de l’empire perse qui englobe Jérusalem et la Judée, bénéficie de cette autonomie qu’engendre le respect des diversités. Le grand prêtre Josué et les
prophètes détiennent les pouvoirs religieux et politiques par et pour l’administrateur perse Zorobabel.
Le nouveau temple est achevé en -515, sous le règne de Darius. En -445 la ville est reconstruite et retrouve sa vocation de ville sainte où s’impose le Judaïsme.
La
Grèce
Alexandre le
Grand ne fait que passer par la Judée, lors de son assaut contre l’empire perse et, à sa mort, ses généraux se partagent ses immenses possessions. Jérusalem tombe sous la coupe des descendants de
Ptolémée, puis sous celle des héritiers du roi Séleucos 1er. L’hellénisation est difficile. Tout oppose les deux sociétés : l’une orientale basée sur la vie communautaire ;
l’autre qui exalte l’individu. Les Juifs sont eux-mêmes divisés entre les Sadducéens qui détiennent le pouvoir et sont séduits par la culture grecque et les Pharisiens qui refusent toute
collaboration avec les païens.
Antiochos IV dépouille le temple de ses richesses, massacre la population, interdit les pratiques juives (circoncision, shabbat, sacrifices, …) impose les coutumes païennes des Grecs et consacre
le temple de Jérusalem au culte de Zeus.
L’Indépendance
Pour Jérusalem, véritable poudrière, c’est un détonateur. La résistance s’organise sous la direction de Judas dit « Maccabée » c’est-à-dire « celui qui combat » et de
ses frères. Ils tiennent les Grecs en échec, reprennent le temple et sollicitent l’appui et l’alliance de Rome, la nouvelle puissance montante.
Après ce qui sera la première guerre de religion de l’histoire, les Hébreux gagnent leur indépendance en 142 avant l’ère chrétienne. Le grand prêtre, Simon Maccabée, frère de Judas, est élu à la
tête de ce qui devient une théocratie. Jean Hyrcan, son fils lui succède et fonde la dynastie asmonéenne. Il se comporte en conquérant et en tyran, imposant par la force le Judaïsme et ses
pratiques. Jérusalem est en pleine guerre civile et religieuse : Pharisiens, Sadducéens, Esséniens et Zélotes s’affrontent et la guerre de succession qui oppose les frères Hyrcan II et
Aristobule ouvre le temps de la décadence.
Pompée, chargé par le sénat romain de pacifier l’Asie Mineure où Parthes et Arméniens s’agitent, reçoit à Damas, trois délégations juives venues demander l’arbitrage de Rome dans la lutte entre
les deux frères. Pompée prend le parti d’Hyrcan. En -63, Il entre dans Jérusalem et réinstalle Hyrcan dans ses fonctions de grand prêtre.
Rome
La
Judée devient protectorat romain. Jérusalem connaît alors une période de splendeur avec Hérode le Grand qui veut faire de sa ville une nouvelle Rome. Fils d’une princesse arabe et d’un Iduméen,
Hérode est allé à Rome chercher sa couronne de roi des Juifs. Politique habile, il navigue dans les méandres du pouvoir. Ambitieux pour Jérusalem, il transforme la ville en un chantier
pharaonique qui continuera après sa mort : pavement des rues, alimentation en eau, construction d’une nouvelle citadelle, l’Antonia, d’un nouveau palais, d’un théâtre, d’un cirque. Rome se
montre tolérante envers les Juifs : culte reconnu, droit de réunion dans les synagogues, dispense d’armée, droit de perception d’un impôt pour le temple, mais se méfie de cette marmite
bouillonnante, plus motivée par les dialectiques religieuses que par les jeux du cirque.
Après la mort d’Hérode le grand (an 4 av. J.C.) et la déposition d’Hérode Antipas, son fils, en l’an 37, la Judée devient province romaine et Ponce Pilate, son premier procurateur. Enfin,
en l’an 60, la construction du temple est achevée sur le mont Mohria, tout de marbre et d’or, vers lequel affluent en masse les pèlerins juifs.
La situation se dégrade dans cette première partie de l’ère chrétienne : vexations et provocations religieuses de la part des Romains qui piochent dans le trésor du temple; l’administration
romaine se met à l’abri de l’agitation populaire dans le petite ville de Césarée.
Dans les années 60, Jérusalem est en ébullition : la démesure de la construction du temple a entraîné une crise économique aggravée par le rythme sabbatique des cultures (terre au repos tous les 7 ans) et une surpopulation. Les incidents se multiplient et le gouverneur de Syrie organise la répression. En
66, les Romains s’emparent du trésor du temple ce qui déclanche la « Guerre des Juifs », le conflit le plus important de l’époque. En 6 jours, les insurgés se rendent maîtres de
Jérusalem. Mais au lieu de se préparer à la riposte romaine, les Juifs se déchirent en factions rivales.
Néron, le nouvel empereur, a mis à la tête de sa machine de guerre un général expérimenté, Vespasien, qui écrase la rébellion en quelques mois et met le siège devant Jérusalem en 68. Appelé à
devenir empereur, il laisse à son fils Titus, le soin de poursuivre l’opération. « Il faut détruire
Jérusalem » retentit à nouveau. Titus est assisté d’un narrateur privilégié de cette époque, Flavius Josèphe. La forteresse tombe en 70. La ville est mise à sac :
pillages, massacre, incendies, … Flavius Josèphe note que « le temple est détruit au même mois et au même jour que les Babyloniens l’avaient autrefois brûlé ».
En 130, l’empereur Hadrien fait détruire Jérusalem et décide de construire sur ses ruines, une ville nouvelle, Aelia Capitolina, avec temples dédiés à Jupiter et à Vénus, cirques, bains,
théâtres, et un capitole.
Cette décision de transformer Jérusalem, ville sainte, en cité païenne, provoque la deuxième grande révolte des Juifs contre Rome. L’insurrection est noyée dans un bain de sang : 600000
morts selon Tacite ; 1 million selon Flavius Josèphe. Les Juifs sont interdits dans la nouvelle ville de même que tous les rites Judaïques. La Judée devient la Palestine, rattachée à la
province romaine de Syrie.
Byzance
Ce n’est que 2 siècles plus tard, sous le règne de l’empereur byzantin Constantin, que Jérusalem retrouvera son nom. Sous l’impulsion de sa mère,
Hélène, convertit au christianisme, Constantin fera de Jérusalem une ville chrétienne, où les Juifs ont le droit de venir prier, le jour anniversaire
de la destruction du temple, devant le mur occidental, qui deviendra le mur des lamentations, seul vestige qui reste du temple construit par Hérode le Grand.
Constantin met à jour les lieux saints du christianisme qui avaient été ensevelis par Hadrien. Il dégage notamment le tombeau du Christ et y construit l’Anastasis, qui deviendra plus tard le
Saint Sépulcre.
Trois siècles plus tard, les Musulmans sont aux portes de Jérusalem.
L’Islam
La 3ème ville sainte de l’Islam vit sous domination arabe, mamelouke puis ottomane pendant près de 13 siècles, pratiquement autant que
les dominations babylonienne, perse, grecque, romaine et byzantine réunies.
Sous l’ère musulmane, Jérusalem connaît une paix relative. La cohabitation des trois religions monothéistes en fait un sanctuaire endormi avant que Sion ne redevienne, pour les Juifs de la
diaspora, le symbole du retour.
En 636, l’empire byzantin est mis en déroute par le calife Omar qui conquiert la Palestine et la Syrie. A Jérusalem, il veut marquer l’entrée de la ville dans l’ère musulmane sans déclancher le cycle des persécutions. Sous Byzance, les Juifs étaient interdits dans la ville. Omar va autoriser 70 familles à s’y installer. La liberté de culte est respectée et les communautés religieuses gèrent elles-mêmes leurs affaires. Chrétiens et Juifs, gens du Livre, sont considérés comme des dhimmi, c’est-à-dire des protégés de la législation musulmane. Ce sont leurs aînés dans la foi. Malgré la tolérance affichée, l’égalité n’est pas de mise : Juifs et Chrétiens doivent payer la capitation, un impôt particulier pour les deux religions. Il leur est interdit de porter les armes, de monter à cheval, de reconstruire un bâtiment qui s’écroule, de sonner les cloches, d’organiser des processions publiques. Ils doivent porter des couleurs particulières en certaines occasions : turban bleu pour les Chrétiens, jaune pour les juifs. L’administration et certaines fonctions sont interdites aux Chrétiens, eux qui étaient maîtres de la ville depuis le IVè siècle, sous le règne de Constantin.
Dans la pratique, cette législation rigoureuse est appliquée avec souplesse, mais l’équilibre est fragile car l’empire musulman est déchiré par
des conflits de succession. Omar est assassiné. Muawiya triomphe d’Ali, le gendre de Mahomet et fondateur du chiisme. Il fonde la dynastie des Omeyyades et installe sa capitale à Damas. Nous
sommes en 661. Muawiya va donner à Jérusalem toute sa splendeur et faire de la ville sainte un lieu de pèlerinage capable de rivaliser avec La Mecque et Médine.
Mais Jérusalem entre dans une période de déclin économique et politique. Loin de la Méditerranée, hors des routes commerciales, elle n’est pas non plus une étape pour les caravanes.
A partir de 750, elle n’est plus la capitale d’un royaume, ni la capitale administrative d’une région. Les Abbassides qui se réclament d’Abbas, oncle du prophète, ont chassé les Omeyyades et fondé Bagdad, leur capitale.
Au Caire règne la dynastie des Fatimides qui s’empare de la Palestine au Xè siècle. Jusqu’alors, les différents califats pratiquent la tolérance. Le 6ème calife, Al- Hakim va bouleverser la vie de la ville sainte. Ce chiite ismaélien prend des mesures draconiennes contre les femmes, contre l’alcool et contre les sunnites. Il interdit les pèlerinages, oblige Chrétiens et Juifs à se convertir. Il ordonne la destruction des synagogues et des églises.
En 1071, les Turcs Seljukides venus d’Iran, dévastent et incendient la ville. Une fois de plus, Jérusalem est détruite.
L’intermède chrétien
En 1095, le pape Urbain II prêche la guerre sainte. Une fois de plus, Jérusalem, paisible bourgade de Palestine, mais ville sainte des 3 religions monothéistes, est un enjeu politique. En 1099, les Francs se lancent à l’assaut de la ville. Pas d’états d’âme pour les pèlerins armés, porteurs de la croix : les juifs et les musulmans sont massacrés, les survivants interdits de séjour. L’ordre chrétien va régner à Jérusalem près d’un siècle et demi, par les armes ou la négociation, jusqu’à l’anéantissement de l’armée franque et la prise de Jérusalem, en 1247, par un kurde, sultan d’Egypte. Son nom : Salah al Din – Saladin.
Retour à l’Islam
Saladin se montre relativement magnanime : pas de massacre, pas de pillage, pas de représailles à l’égard des chrétiens. Seuls les catholiques sont chassés de la ville. Les juifs peuvent revenir à Jérusalem. Saladin devient une figure emblématique. Issu d’une grande famille kurde, il n’est pas seulement un grand stratège militaire mais un fin politique. Il conclut une paix de compromis avec les francs dont il conquiert l’estime grâce à son attitude chevaleresque et ses idées éclairées.
Mais Jérusalem va bientôt connaître une nouvelle période de turbulences sanglantes. Même si elle n’occupe pas une position stratégique, elle reste une ville symbole pour les turcs, les mongols ou les mamelouks, caste militaire qui prend le pouvoir en Egypte en 1250. Ils prennent la Palestine un an plus tard et veulent faire de Jérusalem un centre d’études musulmanes. Chrétiens et juifs bénéficient de la liberté de culte moyennant les restrictions d’usage établies par leurs prédécesseurs arabes.
Pendant deux siècles et demi, jusqu’en 1516, 44 sultans mamelouks vont assurer à Jérusalem un calme sans précédent, qui tourne au grand sommeil quand quelques catastrophes naturelles et la peste noire videront la ville qui passe alors de 40.000 à 10.000 habitants.
Après l’effondrement de l’empire byzantin, les Turcs se tournent vers le proche orient avec pour objectif d’unifier le monde musulman. Syrie, Irak, Egypte passent sous domination ottomane. Jérusalem et la Palestine sont rattachées à la Syrie, une des 24 provinces de l’empire.
La législation ottomane est tolérante et ne change pas les conditions fiscales, juridiques et religieuses des Juifs et des Chrétiens. Les Sépharades, chassés d’Espagne et du Portugal, trouvent en Palestine et à Jérusalem une terre d’accueil. Au XVIIè siècle, les persécutions en Pologne et en Ukraine provoqueront le départ massif des Askenases vers le Proche Orient. C’est la première grande vague d’immigration qui s’amplifiera avec les siècles à venir.
Côté chrétien, les traités signés par François Ier avec Soliman le Magnifique, traités dirigés contre Charles-Quint, font de la France un
partenaire privilégié des Ottomans. Les Chrétiens français ont le droit de voyager librement, de faire du commerce, d’être exonérés d’impôts, de pratiquer librement leur culte.
Soliman veut redonner à Jérusalem sa splendeur d’antan. Il veut contrebalancer l’influence arabe sur le monde musulman et s’enrichir en favorisant les pèlerinages qui sont une source importante
de revenus. Il entreprend de grands travaux : aqueducs, remparts, … Cette politique de maintien en bon état des lieux saints va se poursuivre aux cours des siècles suivants. La pax ottomanica règne sur le Proche Orient comme jadis la pax romana. L’ordre règne à Jérusalem.
Mais la ville va subir la décadence de l’empire ottoman Les successeurs de Soliman n’ont pas sa valeur ; juifs et chrétiens sont rançonnés ; la corruption s’installe.
Le XIXè siècle voit naître ce qu’on appellera dans les chancelleries « la question d’orient », avec la naissance de la révolution industrielle et la montée des nationalismes.
En 1800, Jérusalem n’a toujours que 10.000 habitants et reste une bourgade parmi d’autres. En 1825, on dénombre 45.000 habitants dont une communauté juive majoritaire. Jérusalem est devenue médiatique. L’orient est à la mode : Chateaubriand, Lamartine, Nerval, entre autres font étape à Jérusalem.
Après la guerre de Crimée et le traité de Paris en 1856, le régime d’étrangers protégés mis en place par Omar, 10 siècles auparavant, est aboli. L’égalité des droits est reconnue aux juifs et aux chrétiens ; mesure toute théorique puisque l’Islam reste religion d’état.
L’Angleterre et la France, puis la Russie, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie ouvrent des consulats à Jérusalem.
L’émigration juive s’intensifie. Les juifs de Jérusalem reçoivent l’appui financier de la diaspora, en particulier du baron Rothschild qui sera un des grands bâtisseurs de la Jérusalem moderne. En effet, petit à petit, un ensemble de quartiers périphériques voit le jour, au nord et à l’ouest de la ville, où vont s’installer des familles qui fuient les persécutions en Europe orientale, en particulier en Russie.
Le rêve de Sion va trouver ses théoriciens. D’abord Moses Hess puis Theodor Hertzel. Le Sionisme est naît. Nous sommes en 1900.
Lorsque la première guerre mondiale éclate, Jérusalem compte 70.000 habitants, dont 45.000 juifs.
Le mandat britannique
La Turquie, gérante de la Palestine était dans le camp des ennemis. Le 9 décembre 1917, les troupes britanniques du général Allenby encerclent Jérusalem. Les Turcs sont en fuite. Le maire de la ville est pressé de remettre la rédition turque et les clés de la ville aux Anglais. Allenby prend la ville pacifiquement. Il ne veut pas être le Titus des temps modernes. Il assure aux représentants des 3 religions qu’il veut ouvrir une ère de paix en terre sainte et commencera par décréter la loi martiale. Les coutumes et croyances seront respectées pour autant qu’elles s’expriment dans des activités légales. Pour la première fois depuis les Romains, Jérusalem est occupé par un empire colonial indifférent aux lieux saints. Pour les Britanniques, la Palestine est avant tout la route du pétrole et la surveillance du canal de Suez.
Pendant 30 ans, la politique britannique va être aussi ambiguë qu’une partie de poker menteur. Ce ne sera qu’une succession de promesses jamais
tenues :
· Promesse aux Arabes d’inclure la Palestine dans un grand royaume avec La Mecque pour capitale
· Promesse aux Français, dès 1916, d’un plan de partage du Proche Orient, avec Jérusalem comme ville internationale
· Promesse aux juifs d’établir un foyer national pour le peuple juif (déclaration Balfour). Il devait s’agir d’une reconnaissance officielle du Sionisme.
Sur le terrain règne l’ordre britannique. La ville est exsangue, affamée par les réquisitions, décimée par les épidémies, privée des ressources des pèlerinages, vidée par l’espionite. De 70.000 la population repasse à 45.000 habitants, avec toujours une majorité juive, mais moitié moins nombreuse.
La Société des Nations confirme le mandat britannique. Le royaume arabe s’évanouit. Les Français sont éliminés de Jérusalem. Les Juifs de la diaspora peuvent espérer un nouveau retour d’exil. Avec les flux d’émigrés de Pologne et de Russie, tout le monde s’affole. Les arabes se sentent floués. Jérusalem devient une poudrière.
La politique de Londres consiste à diviser pour régner :
· côté juif, division entre les sépharades, interlocuteurs traditionnels, les ashkénazes ultra orthodoxes et les sionistes qui veulent se poser en interlocuteurs privilégiés
· côté arabe, c’est le morcellement féodal entre grandes familles au pouvoir depuis 11 siècles, sans véritable communauté autre que religieuse
· côté chrétien, leur émiettement et leurs antagonismes sont tels que les clés du Saint-Sépulcre sont confiées aux musulmans, comme au temps de Saladin.
Un an après la déclaration Balfour, la violence s’installe à Jérusalem. D’un côté les sionistes, de l’autre les associations islamo chrétiennes.
En 1920, à l’occasion de la pâque juive, un pèlerinage dégénère : 6 morts, des centaines de blessés. La répression s’abat et les Anglais jettent de l’huile sur le feu en nommant comme premier haut-commissaire en Palestine, Herbert Samuel, un des artisans juifs de la déclaration Balfour.
L’émigration s’accélère : en 1922 : 33971 juifs pour 62578 habitants, puis 51222 pour 90503 habitants.
Lors des fêtes de Kippour, en 1928, nouvel incident. Le grand mufti, Hadj Amin, représentant de toute la population musulmane de Jérusalem est un fanatique violent qui entretient la rumeur selon laquelle les Juifs envisagent de reprendre l’esplanade des mosquées pour y reconstruire le temple de Salomon.
Le 15 août 1929, jour anniversaire de la destruction des temples, une manifestation de jeunes juifs nationalistes fait exploser Jérusalem et la Palestine : 30 morts, des centaines de blessés, des synagogues dévastées, des centaines de maisons ravagées, plusieurs milliers de sans abri. Le grand mufti qui contrôle le Conseil suprême Musulman et préside le haut comité arabe, règne sur les souks et les villages proches. Il lance la foule contre les Anglais et les Juifs et exige l’arrêt de l’émigration juive, l’interdiction des terres aux juifs, la mise en place d’un gouvernement de représentation nationale.
L’avènement du nazisme va accélérer l’émigration. Les positions se radicalisent. A la violence répond la violence. Puis les événements se
précipitent :
· révolution palestinienne en avril 1936
· grève générale des Arabes en mai 1936
·
attentats aveugles tant islamiques que juifs.
Avec l’armée secrète clandestine juive, les groupements juifs terroristes de l’Irgoun de Menahem Begin et du groupe Stern de Yitzhak Rabin, Jérusalem est un champ de bataille.
Les Anglais impuissants comptent les coups. La guerre 39-45 retarde l’ultime explosion. Le 22 juillet 1946, le centre administratif britannique, installé à l’hôtel King David saute, dynamité par l’Irgoun, sur ordre de la Haganah, noyau de la future armée officielle d’Israël.
Ruiné par la guerre et par l’écroulement de son empire colonial, en proie au doute, las d’être la cible d’une opinion mondiale à la recherche d’une bonne conscience, le Royaume-Uni jette l’éponge. Il confie Jérusalem et la Palestine à l’ONU. Celle-ci vote le plan de partage de la Palestine en trois, dont Jérusalem, zone internationale. Nous sommes le 27 novembre 1947. Une semaine plus tard commence la bataille de Jérusalem.
Après 6 mois de massacres, le départ de 30.000 juifs et de 23.000 arabes de Jérusalem, les Anglais quittent la ville le 14 mai 1948. Celle-ci est convoitée par David Ben Gourion qui proclame l’Etat d’Israël et par Abd Allah, le roi de Transjordanie.
Jérusalem restera coupée en deux, par un mur, pendant 19 ans.
En 1967, Tsahal, l’armée israélienne triomphante, annexe la partie arabe de la ville.
On connaît la suite.
« Jérusalem entière et unifiée, capitale éternelle d’Israël » proclament les sionistes. Oui, mais à quel prix !
Je rappelle que Jérusalem signifie « la résidence de la Paix » et ce, depuis 2500 ans.